Génèse du RMS Titanic

Les raisons d’une évolution 

 

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          Depuis le milieu du XIXè siècle, le trafic maritime entre l’Europe et l’Amérique du Nord n’a cessé de se développer. C’est juste après le milieu de ce siècle qu’a démarré une sévère concurrence entre les deux principales compagnies maritimes que sont la White Star Line et la Cunard Line. Il faut attendre 1869, lorsque Thomas Ismay rachète une White Star Line exsangue dont il possédait déja des parts en la rebaptisant Océanic Steam Co tout en gardant son pavillon rouge avec son étoile blanche, pour qu’elle devienne une serieuse concurrente de la Cunard. Assez rapidement, la White Star reprend du poil de la bête et au bout de quelques années devient avec la Cunard une des principales compagnie maritimes dominant l’Atlantique Nord. Battant tour à tour les record de traversé et innovant années après années, les deux compagnies règnent alors sur le commerce des voies maritimes.

   Les émigrants, de plus en plus nombreux à traverser l’Atlantique pour s’installer en Amérique, constituent la plus grande part de la clientèles des deux compagnies en termes de billets vendus et composent la 3ème classe. Il faut y ajouter la riche clientèle faite de milliardaires, hommes d’affaires, rois de la finance ou grands industriels qui éprouvent le besoin de faire des voyages réguliers en Europe. Evidemment cette clientèle qui dépense beaucoup est exigeante en terme de confort et de luxe constitue la 1ère classe. A cela s’ajoute par la suite une clientèle de " middle class " composé d’ingénieurs, de gens aisés voulant faire du tourisme, ou d’immigrants qui ont reussi, surtout sur le continent Américain, et qui désirent rentrer en Europe dans leur pays d’origine. Cette clientèle sera à l’origine de la création un des seconde classe à bord des grands paquebots.

   Mais c’est vraiment à la fin des années 1880 qu’une accélération significative pour la conquête de l’Atlantique va commencer. Possédant le quasi monopole des mers, notamment sur l’Atlantique Nord avec la vague d’immigrants désireuse de trouver fortune sur le continent américain que les deux compagnies anglaises qui dominaient les océans , vont être rejointes par les compagnies Allemandes, désireuses de se mêler à la course, sortant de leur torpeur et changeant d’attitude du tout au tout. Fini la frilosité et la prudence, l’Allemagne va subitement décider de frapper fort et tenter de se mettre au niveau des compagnies anglaises pour contester leur hégémonie. Et de ce fait, lancer pendant les 25 années suivantes ( en gros du début des années 1890 à 1914 et la déclaration du premier conflit mondial ) les défis les plus insensés pour l’amélioration de leurs paquebots en terme de taille, de luxe et de vitesse.

   Cette période prend racines en 1889 . L’Empereur Guillaume II, invité par la couronne britannique à la revue navale de Spithead découvre le dernier né de la White Star Line : le RMS Teutonic :

RMS Teutonic

Le RMS Teutonic

 

   Le paquebot anglais est grand, luxueux et rapide. En l’admirant, l’Empereur déclare alors que l’Allemagne " devrait avoir quelques paquebots de ce type ". Néanmoins il faudra attendre quelques années encore, jusqu’en 1897 pour que la compagnie allemande Norddeutscher Lloyd ( NDL ) lance le Kaiser Wilhehlm Der Grosse ( voir photo ci-dessous ) qui sera le premier bateau transatlantique à être pourvu de quatre cheminées. Construit dans les chantiers navals AG Vulcan de Stettin, ce luxueux paquebot de 200 mètres est propulsé par 31 000 CV et peux atteindre une vitesse de 22 à 23 noeuds et lance officiellement la course au gigantisme. 

Le Kaiser Wilhelm Der Grosse  

   Dés le mois de Mars de l’année suivante, le Kaiser Wilhelm Der Grosse remporte le ruban bleu, récompensant la traversé de l’Atlantique la plus rapide au détriment du RMS Lucania qui le détenait depuis 1894. Une autre compagnie allemande, la HAPAG, va aussi se mettre en tête de rentrer dans la danse en lançant elle aussi de gigantesques navires qui vont propulser l’Allemagne en tête des nations possédant les plus gros paquebots comme le SS Deutschland, qui ravira le Ruban Bleu à son compatriote dés son voyage inaugural le 4 juillet 1900. Mais les allemand ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Décidé à s’imposer durablement, la Nordeutscher Lloyd lance dans les années qui suivent trois sisters-ship au Kaiser Wilhelm Der Grosse : le SS Kronprinz Wilhelm en 1901 qui remportera aussi le Ruban Bleu, le SS Kaiser Wilhelm II ( qui le détiendra aussi ) en 1903 et enfin le SS Kronprinzess Cecilie en 1906, qui sera le dernier paquebot allemand a posséder quatre cheminés. Les paquebots allemands dominent les mers et commencent à faire de l’ombre aux compagnies britanniques.

   Quelques années plutôt, la White Star avait lancé en 1899, le RMS Oceanic ( qui sera la dernier bateau sorti du vivant de Thomas Ismay, décédé à la fin de la même année ), un paquebot de 214 mètres très luxueux , surnommé alors le " navire du siècle " lors de son lancement, capable d’aller à une vitesse de 21 noeuds. Puis dans la foulé,la compagnie décide d' entreprendre la construction,  non pas d'un sister-ship à l’Oceanic, mais quatre navires dans la même ligné que ce dernier tout en étant d'un look légèrement different. Ces navires, que l’on appelle " le Big Four ", sortiront de manière échelonné entre 1901 et 1907 et auront une ligne quasiment identique puisque basé sur le même design. Ce sont le RMS Celtic, le RMS Cedric le RMS Baltic et enfin le dernier, le RMS Adriatic ( photo ci-dessous ).

                                                                                         RMS Adriatic

Le RMS Adriatic, l'un des Big Four

   Bien que sorti peu après le Kaiser Wilhelm Der Grosse, ces navires ne sont pas aussi rapide. Mais la recherche du record de vitesse n’est pas la priorité de la White Star. Celle dernière préfère miser sur la sécurité et sur le luxe pour attirer la clientèle riche mais aussi les passagers de 3è classe qui sont mieux lotis sur un paquebot de la White Star Line que partout ailleurs.

   La Cunard par contre se retrouvait à la traîne. En effet, non seulement la vitesse des paquebots allemands surpasse les siens mais en plus sur son territoire national sa principale concurrente proposait avec son " Big Four " des service plus luxueux et un meilleur service à bord. Contesté et dépassé à leur grande surprise, les deux compagnies britanniques ne vont pas tarder à lancer la riposte...

   Ladite riposte va se concrétiser de deux manière différente mais avec le même but : récupérer le leadership du commerce maritime. D’abord la Cunard, qui avec une aide du gouvernement britannique ( qui en contrepartie exige que les navires puissent être transformé en croiseur auxilière en temps de guerre ) d’un prêt de plus de 2M£ à un taux dérisoire, va lancer un programme de construction de deux super liners capable d’aller plus vite que les bateaux allemands et revenir sur le devant de la scéne en récupérant le fameux Ruban Bleu. Ensuite la Wite Star. Comprenant que pour reussir à évoluer avec une telle vitesse dans un monde et un nouveau siècle où s’ouvrent de nouvelles perspectives, Bruce Ismay va revendre sa compagnie White Star Line ( ou plus précicément l’Océanic Steam Co. ) au milliardaire américain John Pierpont Morgan qui va l’intégrer à l’Internationnal Navigation Co. qui elle même appartient à l’Internationnale Mercantile Marine Co. En ajoutant l’importante capacité des capitaux américain au savoir faire des chantiers Harland & Wolff, Ismay met tout les atouts de son côté pour réussir son pari de battre touts les autres compagnies maritimes. La Cunard va tirer la première en lançant ses deux super liners que sont le RMS Lusitania et le RMS Mauretania.

 Le RMS Lusitania...         

                         RMS Mauretania                                          ...et son sister-ship, le RMS Mauretania                                                       

 Construit par les chantiers Swan Hunter & Wigham Richardson à Wallsend, Tyne et Wear, et mis en service respectivement en septembre et novembre 1907, le Lusitania et le Mauretania sont à ce moment là les objets mobiles les plus grands jamais construits par l’homme. Quelques semaines apres son lancement, le Lusitania reprend le fameux Ruban Bleu au paquebot allemand Kaiser Wilhelm II ( qui l’avait pris au Deutschland ) . Les deux paquebots s’échangeront le trophé jusqu’a ce que le Mauretania le récupère définitivement en 1909 et ce jusqu’en 1929 !

Ces bateaux sont non seulement les plus rapides ( environs 24,5 noeud de moyenne et pouvant monter jusqu’a 26,5 à ce moment là ) mais aussi extrêmement luxueux, surtout le Mauretania qui propose plusieurs variétés de cabines, que ce soit pour les 1ères classes que pour les 3è !Très rapidement, la presse et les gens en général sont très enthousiastes et les deux paquebots de la Cunard bénéficient d’un surnom évocateur qui les envoie en haut de l’affiche : on les surnomme " les levriers des mers ".

Au mois de juillet 1907, alors que le lancement des deux nouveaux paquebots de la Cunard approche, tout le monde ne parle que d’eux. Les affiches publicitaires annoncent les caractéristiques des navires, et dans le monde maritime tout le monde n’attend que leur lancement pour voir ce qu’il en est. Bruce Ismay, qui avait repris la société à la mort de son père en 1899, vient de la revendre en 1902 à John Pierpont Morgan tout en gardant son poste, prend alors rendez-vous avec Lord James Pirrie, associé des chantiers Harland & Wolff, et est invité un soir d’été à venir discuter à sa table. La conversation tourne autour des futurs grands navires que la compagnie devra tôt ou tard construire. Les deux hommes échaffaudent alors des plans, jettent des idées pour savoir ce qu’il conviendrait de faire pour retrouver un standing du niveau des nouveaux navires de la Cunard et par définition de ceux des compagnies allemandes, voire de les surpasser afin de reprendre le leadership des océans.

      Bruce Ismay et Lord Pirrie

 A la sortie de ce diner, Ismay et Pirrie on jeté les premières bases d’un projet monumental et très audacieux : construire non pas un mais trois paquebots ( en fait deux suivis d’un troisième quelques temps plus tard vue qu'il n'y a pas de place pour en construire trois d'un coup ) dits de " classe Olympic " ( le premier bateau prenant le nom de la classe ) non seulement plus grand d’une trentaine de mètres - mais encore plus luxueux que les nouveaux nés de la Cunard, et par définition que ceux des compagnies allemandes, comme si l’évolution en matière de luxe n’avait pas de frontière. Leur taille est si imposante que les chantiers Harland & Wolff devront modifier leur installations car leur taille et leur tonnage sera au moins une fois et demi superieure au 32 000 tonneaux de jauge brute du Lusitania. 

  Seule la vitesse ne sera pas en première ligne du cahier des charges, Ismay préférant vendre ses futur navires sur le luxe et la sécurité plutôt que sur la vitesse, meme si ils devront être assez rapide pour traverser l’Atlantique en moins de 5 jours. En effet, il est dit à l’époque que pour être encore plus rapides en étant encore plus grands que le Lusitania et son sister-ship, il faudrait envisager une consomation de charbon telle que " le caviar lui même coûterait moins cher que le charbon ". Enfin, une vitesse régulière et maitrisé permettra, outre une économie substantielle de combustible, d’éviter les vibrations désagréables entrevues par le passé sur le Deutschland et à venir sur le Mauretania ( problème qui sera réglé après sa première année d’exploitation ) et de ce fait procurer un confort non seulement à ses passagers de 1ère classe mais aussi de 3ème, ces derniers étant logés dans la partie du navire ou l’ont peut les sentir le plus fortement.

   Finalement, un an après ce fameux diner, le 31 juillet 1908 Bruce Ismay est invité aux chantiers navals Harland & Wolff pour étudier une dernière fois les plans des navires qui ont débutés et donne son accord - la poignée de main valant contrat vu que depuis des décennies ces même chantiers ne construisent des bateaux que pour la White Star Line - pour lancer la construction des bâtiments. Les coûts des navires - 1,5 M£ soit 7,5 Millions de Dollars l’unité - étant basé sur le prix de revient de la construction plus une majoration en guise de marge nette.

 

   Leurs noms : RMS Olympic, RMS Titanic et RMS Gigantic(*).....

 

  

 

 (*) Le RMS Gigantic sera rebaptisé RMS Britannic suite au naufrage du Titanic. En effet il n’etait pas convenable de jouer sur un nom évocateur tel que celui-ci, la White Star désirant faire profil bas après un tel drame.

 

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